Le score en bref
Une entreprise en bonne santé financière gagne de l'argent, peut encaisser un choc, transforme ses bénéfices en trésorerie, le fait régulièrement et progresse. Chacune de ces cinq questions correspond à un pilier, pondéré selon son importance pour la solidité de long terme :
Mentions| Note | Mention | Lecture |
|---|
| 75 – 100 | Solide | Profil financier de premier ordre : rentable, peu endetté, générateur de cash et régulier. |
| 55 – 74 | Correcte | Situation saine avec un ou deux points à surveiller. |
| 40 – 54 | Mitigée | Forces et faiblesses s'équilibrent : lisez le détail des piliers avant toute conclusion. |
| 0 – 39 | Fragile | Plusieurs signaux d'alerte : pertes, endettement élevé ou trésorerie négative. |
Le calcul en 5 étapes
Collecter les comptes officiels
Nous lisons les données structurées (XBRL) des rapports annuels : jusqu'à 10 exercices pour les sociétés américaines, depuis 2020 pour les européennes. Le score s'appuie sur le dernier exercice et, pour les tendances, sur les cinq derniers.
Calculer chaque indicateur
18 ratios standards de l'analyse financière, définis ci-dessous avec leur formule exacte.
Convertir chaque indicateur en note de 0 à 100
Chaque indicateur a un seuil « faible » (note 0) et un seuil « solide » (note 100), fixés d'après les normes utilisées par les analystes crédit et les agences de notation. Entre les deux, la note est proportionnelle ; au-delà, elle plafonne. Une marge opérationnelle de 10 %, à mi-chemin entre −5 % et 25 %, obtient ainsi 50/100.
Formulenote = 100 × (valeur − seuil faible) ÷ (seuil solide − seuil faible), bornée entre 0 et 100
Faire la moyenne par pilier
Les indicateurs d'un même pilier ont le même poids. Un indicateur impossible à calculer est écarté, il n'est jamais compté comme 0 ni comme 100.
Pondérer les cinq piliers
Score final = moyenne pondérée des piliers disponibles (25 / 25 / 20 / 20 / 10), arrondie à l'unité. Si les piliers disponibles représentent moins de 50 % du poids total, nous n'affichons pas de score plutôt qu'un chiffre trompeur.
25%Pilier 1 sur 5
Rentabilité
L'entreprise gagne-t-elle bien sa vie ?
Une entreprise rentable finance elle-même sa croissance, rembourse ses dettes et rémunère ses actionnaires. Nous regardons la rentabilité à trois étages : sur les ventes (marges), pour l'actionnaire (ROE) et pour l'ensemble des capitaux engagés (ROIC), afin qu'un bon chiffre obtenu par l'endettement ne suffise pas.
Marge opérationnelle
FormuleRésultat opérationnel ÷ chiffre d'affaires
Ce qu'il reste de chaque euro de ventes une fois payés les achats, les salaires, le marketing et la R&D, avant intérêts et impôts. C'est la mesure la plus directe du pouvoir de fixation des prix et de l'efficacité du modèle économique. Une marge durablement au-dessus de 20 % signale presque toujours un avantage concurrentiel (marque, brevet, effet de réseau).
0 si -5 % ou moins100 si 25 % ou plus
Exemple : 12 % → 57/100
Les distributeurs et le négoce ont structurellement des marges faibles (2 à 5 %) : comparez toujours une entreprise à son secteur.
Marge nette
FormuleRésultat net part du groupe ÷ chiffre d'affaires
La part des ventes qui revient réellement aux actionnaires après frais financiers, impôts et éléments exceptionnels. L'écart avec la marge opérationnelle révèle le poids de la dette et de la fiscalité.
0 si -5 % ou moins100 si 20 % ou plus
Exemple : 8 % → 52/100
Rentabilité des capitaux propres (ROE)
FormuleRésultat net ÷ moyenne des capitaux propres (début et fin d'exercice)
Combien l'entreprise gagne pour 100 € confiés par ses actionnaires. Un ROE de 15 % ou plus, tenu dans la durée, est la marque des entreprises de qualité. Il peut toutefois être gonflé artificiellement par la dette ou les rachats d'actions : c'est pourquoi nous le croisons avec le ROIC et le pilier bilan.
0 si 0 % ou moins100 si 20 % ou plus
Exemple : 14 % → 70/100
Capitaux propres négatifs : la note est 0, car la société a accumulé plus de pertes (ou de rachats) que de capital.
Rentabilité du capital investi (ROIC)
FormuleRésultat opérationnel × (1 − taux d'impôt effectif) ÷ (capitaux propres + dette financière)
L'indicateur préféré des analystes : il mesure la rentabilité de tout l'argent engagé dans l'activité, qu'il vienne des actionnaires ou des prêteurs. Une entreprise ne crée de la valeur que si son ROIC dépasse son coût du capital, de l'ordre de 7 à 9 % pour une grande société cotée.
0 si 0 % ou moins100 si 15 % ou plus
Exemple : 10 % → 67/100
Taux d'impôt effectif retenu entre 0 et 50 %, sinon 21 % par défaut. Non calculé pour les banques et assureurs.
25%Pilier 2 sur 5
Solidité du bilan
Peut-elle encaisser un choc ?
La plupart des faillites ne viennent pas d'un manque de rentabilité mais d'un manque de liquidités au mauvais moment. Ce pilier vérifie que l'entreprise peut payer ses factures à court terme, que sa dette reste proportionnée à ses moyens et qu'elle couvre largement ses intérêts.
Ratio de liquidité générale
FormuleActif courant ÷ passif courant
Les actifs convertibles en cash sous un an (stocks, créances clients, trésorerie) couvrent-ils les dettes à payer sous un an ? Sous 1, l'entreprise dépend de ses encaissements futurs ou de ses banques pour honorer ses échéances.
0 si 0,8× ou moins100 si 2× ou plus
Exemple : 1,4× → 50/100
Certaines entreprises très solides (grande distribution, restauration rapide) vivent volontairement sous 1 grâce à des clients qui paient comptant et des fournisseurs payés à 60 jours.
Endettement (dette / capitaux propres)
Formule(Dette financière court terme + long terme) ÷ capitaux propres
Le « gearing » : pour 1 € de fonds propres, combien l'entreprise a-t-elle emprunté ? Au-delà de 2, les actionnaires ne financent plus qu'un tiers de l'activité et la moindre baisse de résultat pèse lourdement.
0 si 2× ou plus100 si 0,2× ou moins
Exemple : 0,6× → 78/100
Dette non publiée dans un format exploitable : l'indicateur est écarté plutôt que compté comme nul, pour ne jamais flatter une entreprise endettée.
Dette nette / EBITDA
Formule(Dette financière − trésorerie − placements à court terme) ÷ (résultat opérationnel + amortissements)
Le ratio des banquiers : combien d'années de cash opérationnel faudrait-il pour rembourser toute la dette nette ? Les contrats de prêt imposent souvent un plafond de 3 à 3,5×. Une trésorerie supérieure à la dette (« trésorerie nette ») obtient la note maximale.
0 si 4× ou plus100 si 0,5× ou moins
Exemple : 1,8× → 63/100
Couverture des intérêts
FormuleRésultat opérationnel ÷ charges d'intérêts
Combien de fois le résultat d'exploitation couvre la facture d'intérêts. Sous 1,5×, une simple hausse des taux ou un mauvais exercice peut empêcher de payer ses prêteurs ; les agences de notation exigent généralement plus de 8× pour une note « A ».
0 si 1,5× ou moins100 si 12× ou plus
Exemple : 6× → 43/100
Z'' d'Altman
Formule6,56 × fonds de roulement / actif + 3,26 × réserves / actif + 6,72 × résultat opérationnel / actif + 1,05 × capitaux propres / passif
Un modèle statistique de prédiction de défaillance créé par le professeur Edward Altman (NYU) et utilisé depuis des décennies par les banques. La version Z'' repose uniquement sur des valeurs comptables, sans cours de bourse, et s'applique à toutes les industries. Voir le détail plus bas.
0 si 1,1 ou moins100 si 5 ou plus
Exemple : 3,2 → 54/100
20%Pilier 3 sur 5
Génération de trésorerie
Les bénéfices se transforment-ils en vrai cash ?
Le résultat comptable est une opinion, la trésorerie est un fait. Une entreprise peut afficher des bénéfices tout en brûlant du cash (stocks qui gonflent, clients qui paient en retard, investissements lourds). Le free cash flow est ce qui reste réellement disponible pour rembourser la dette, verser des dividendes ou racheter des actions.
Marge de free cash flow
Formule(Flux de trésorerie d'exploitation − investissements corporels et incorporels) ÷ chiffre d'affaires
La part des ventes qui finit en cash disponible. C'est souvent le chiffre que regardent en premier les investisseurs professionnels pour valoriser une entreprise.
0 si -5 % ou moins100 si 20 % ou plus
Exemple : 9 % → 56/100
Conversion du résultat en cash
FormuleFree cash flow ÷ résultat net (si le résultat est positif)
Un indicateur de qualité des bénéfices. Proche de 1 ou plus : les profits sont bien réels. Durablement bas : le résultat est peut-être embelli par des choix comptables, ou absorbé par des investissements qu'il faut surveiller.
0 si 0,3× ou moins100 si 1,1× ou plus
Exemple : 0,95× → 81/100
Années à free cash flow positif (5 ans)
FormuleNombre d'exercices avec un free cash flow positif ÷ exercices disponibles
Une bonne année ne suffit pas. Une entreprise qui génère du cash quatre ou cinq années sur cinq ne dépend pas des marchés financiers pour survivre.
0 si 20 % ou moins100 si 100 % ou plus
Exemple : 80 % → 75/100
20%Pilier 4 sur 5
Stabilité
Les résultats sont-ils réguliers ?
Les investisseurs paient plus cher la prévisibilité, et les prêteurs la récompensent. Une activité régulière se planifie, se finance et résiste mieux aux récessions. Nous mesurons la régularité sur les cinq derniers exercices.
Années bénéficiaires (5 ans)
FormuleExercices avec un résultat net positif ÷ exercices disponibles
Le test le plus simple et l'un des plus parlants : l'entreprise gagne-t-elle de l'argent chaque année, crise comprise ?
0 si 0 % ou moins100 si 100 % ou plus
Exemple : 100 % → 100/100
Années de recul des ventes (5 ans)
FormuleExercices où le chiffre d'affaires baisse ÷ exercices comparables
Des ventes qui reculent souvent trahissent une activité cyclique, une perte de parts de marché ou un produit en déclin.
0 si 60 % ou plus100 si 0 % ou moins
Exemple : 25 % → 58/100
Volatilité de la croissance
FormuleÉcart-type des taux de croissance annuels du chiffre d'affaires
Une croissance de +5 % tous les ans est plus rassurante qu'une alternance de +30 % et −20 %, même si la moyenne est comparable.
0 si 30 pts ou plus100 si 3 pts ou moins
Exemple : 8 pts → 81/100
Volatilité de la marge
FormuleÉcart-type de la marge opérationnelle sur 5 ans
Une marge stable indique que l'entreprise répercute ses hausses de coûts sur ses prix. Une marge qui fait le yo-yo signale une forte sensibilité aux matières premières ou à la conjoncture.
0 si 12 pts ou plus100 si 1 pts ou moins
Exemple : 3 pts → 82/100
10%Pilier 5 sur 5
Croissance
L'entreprise progresse-t-elle ?
La croissance compte, mais moins que la solidité : une entreprise qui grandit vite en s'endettant n'est pas en bonne santé. C'est pourquoi ce pilier ne pèse que 10 %. Nous utilisons des taux annuels moyens sur trois ans (TCAM) pour lisser les accidents d'une seule année.
Croissance du chiffre d'affaires (TCAM 3 ans)
Formule(CA de l'année ÷ CA il y a 3 ans)^(1/3) − 1
Une croissance supérieure à l'inflation (2 à 3 %) montre que l'entreprise gagne réellement du terrain.
0 si -3 % ou moins100 si 15 % ou plus
Exemple : 6 % → 50/100
Croissance du bénéfice par action (TCAM 3 ans)
Formule(BPA dilué de l'année ÷ BPA dilué il y a 3 ans)^(1/3) − 1
Ce qui compte pour l'actionnaire n'est pas le bénéfice total mais sa part. Le BPA dilué tient compte des nouvelles actions émises : une croissance financée par augmentation de capital ne fait pas illusion.
0 si -5 % ou moins100 si 15 % ou plus
Exemple : 10 % → 75/100
Banques et assureurs
Le métier d'une banque est d'emprunter (les dépôts) pour prêter : appliquer les ratios d'une entreprise industrielle la ferait paraître surendettée et illiquide à tort. Nous détectons automatiquement les établissements financiers (code d'activité SEC 6000–6499, ou présence de prêts à la clientèle, de dépôts ou de contrats d'assurance dans les comptes IFRS) et adaptons la grille :
- Écartés : ROIC, ratio de liquidité, dette / capitaux propres, dette nette / EBITDA, couverture des intérêts, Altman et les trois tests de free cash flow.
- Conservés : marges, ROE, stabilité et croissance.
- Ajouté pour le bilan :
Capitaux propres / total du bilan
FormuleCapitaux propres ÷ total de l'actif
Pour une banque, la dette est la matière première (les dépôts des clients) : le ratio dette / capitaux propres n'a donc pas de sens. Ce qui compte est le coussin de fonds propres capable d'absorber les pertes sur les prêts. Les accords de Bâle III imposent un ratio de levier minimum de 3 % ; les établissements les plus solides dépassent 8 %.
0 si 4 % ou moins100 si 12 % ou plus
Exemple : 7 % → 38/100
Le modèle d'Altman (Z'')
Publié en 1968 puis adapté en 1995 aux entreprises non manufacturières et aux marchés émergents, le score Z'' combine quatre ratios pondérés par analyse statistique d'entreprises ayant fait faillite et d'entreprises saines. Il a correctement anticipé la majorité des défaillances dans les deux ans précédant l'événement lors de ses tests historiques.
| Composante | Poids | Ce qu'elle mesure |
|---|
| Fonds de roulement / actif | 6,56 | La liquidité disponible par rapport à la taille |
| Réserves (bénéfices non distribués) / actif | 3,26 | La rentabilité accumulée au fil des ans, et donc l'âge et la maturité |
| Résultat opérationnel / actif | 6,72 | La capacité des actifs à produire du résultat |
| Capitaux propres / passif | 1,05 | La marge de sécurité avant que les dettes dépassent les actifs |
< 1,1Zone de détresse : risque de défaillance élevé
1,1 – 2,6Zone grise : vigilance
> 2,6Zone sûre
Dans notre score, 1,1 vaut 0/100 et 5 vaut 100/100. Le modèle n'est pas appliqué aux banques et assureurs.
Le F-score de Piotroski
Mis au point en 2000 par Joseph Piotroski (Stanford), ce score compte neuf tests simples comparant l'exercice à l'année précédente. Chaque test réussi vaut 1 point : 8 ou 9 indique une entreprise qui s'améliore sur tous les fronts, 0 à 2 une dégradation générale. Nous l'affichons sur chaque fiche dans les « contrôles de risque » comme second avis indépendant ; il n'entre pas dans le score sur 100, pour ne pas compter deux fois les mêmes informations.
- RentabilitéRésultat net positif
- RentabilitéFlux de trésorerie d'exploitation positif
- RentabilitéRentabilité de l'actif en hausse sur un an
- RentabilitéTrésorerie d'exploitation supérieure au résultat net (qualité des bénéfices)
- FinancementDette à long terme / actif en baisse
- FinancementRatio de liquidité en hausse
- FinancementPas de nouvelles actions émises (dilution < 0,5 %)
- EfficacitéMarge brute en hausse
- EfficacitéRotation de l'actif (CA / actif) en hausse
Exemple complet
Prenons une entreprise industrielle fictive dont les cinq piliers obtiennent les notes suivantes :
| Pilier | Note | Poids | Contribution |
|---|
| Rentabilité | 72 | 25% | 18.00 |
| Solidité du bilan | 58 | 25% | 14.50 |
| Génération de trésorerie | 81 | 20% | 16.20 |
| Stabilité | 66 | 20% | 13.20 |
| Croissance | 45 | 10% | 4.50 |
| Score final | | 100% | 66.40 → 66 |
Le score de 66/100 correspond à la mention Correcte. Si la croissance n'était pas calculable (moins de 4 exercices publiés), les quatre autres piliers seraient repondérés sur 90 % et le score deviendrait 69/100.
Données et qualité
- États-Unis : rapports 10-K, 20-F et 40-F déposés auprès de la SEC. Europe : rapports financiers annuels au format ESEF, obligatoire depuis 2020 pour les sociétés cotées sur un marché réglementé de l'Union européenne.
- Seuls les comptes consolidés du groupe sont retenus, jamais les ventilations par segment ou par pays.
- Si une entreprise corrige un chiffre l'année suivante, la version corrigée remplace l'originale.
- Chaque poste est cherché sous plusieurs étiquettes comptables (US GAAP et IFRS) car les entreprises ne les nomment pas toutes de la même façon.
- Un chiffre absent n'est jamais remplacé par zéro : l'indicateur concerné est écarté et le reste du pilier compte davantage.
- Les scores sont recalculés automatiquement à chaque nouveau rapport annuel.
Ce que le score ne dit pas
- Il ne dit pas si l'action est chère. Une excellente entreprise peut être une mauvaise affaire si son cours est trop élevé. Le score juge les comptes, pas la valorisation.
- Il regarde le passé. Les comptes annuels sont publiés plusieurs semaines après la clôture ; un événement récent (rachat, procès, perte d'un client) n'y figure pas encore.
- Il compare à des seuils absolus, pas au secteur. Un distributeur aura toujours des marges plus faibles qu'un éditeur de logiciels. Utilisez la fonction Comparer pour juger une entreprise face à ses concurrents.
- Il ne remplace pas la lecture du rapport. Chaque fiche renvoie au document officiel : les notes annexes, les engagements hors bilan et le rapport de gestion apportent un contexte indispensable.
Scorvest est un service d'information. Le score ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d'achat ou de vente.
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